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Le salon de l'auto.
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Dès la première année de notre entrée dans
la maison de DIETRICH, celle-ci prit part au Salon de l'Auto organisé
chaque année par l'Automobile Club de France. Et Adrien de TURCKHEIM
me montra la note des dépenses causées par cette exposition.
Elles étaient très élevées, et il n'y avait
que des dépenses, alors qu'il y avait eu un grand nombre de visiteurs
et des recettes en conséquence. C'était injuste. Il n'y
avait encore aucune entente entre les constructeurs. J'allai donc voir
ceux que je. connaissais, RENAULT, DELAGE, PEUGEOT, et je reçus
un jour la visite d'un monsieur CEZANNE qui, apprenant ce que je tentais
de réaliser, vint m'offrir sa collaboration, que j'acceptai.
Pour commencer, nous avons réuni tous les constructeurs d'autos
que nous connaissions et je leur proposai de constituer une Chambre Syndicale
des Constructeurs d'Automobiles avec mon ami Armand PEUGEOT comme président
en sa qualité de doyen d'âge et Louis RENAULT comme vice-président
à cause de son importance, bien que le plus jeune de nous tous.
Ce fut adopté.
Notre chambre syndicale ainsi constituée, avec CEZANNE nous vîmes
les dirigeants des autres chambres syndicales du cycle, DUCELLIER des
accessoires, LABOURDETTE de la carrosserie et quand par la réunion
de toutes ces chambres syndicales nous eûmes constitué le
Comité d'Organisation' du Salon de l'Auto, nous n'eûmes aucune
peine à obtenir du ministère la concession du Grand Palais
avec Armand PEUGEOT comme président, CEZANNE comme commissaire
général et DUCELLIER comme trésorier. J'évitais
de me porter en avant, étant donné mon jeune âge.
Et j'avais plus d'influence en ne cherchant pas les honneurs. Ce ne fut
qu'à la mort de DUCELLIER que l'on me nomma trésorier du
Salon de Paris.
Mais si je restais modestement en coulisse, nous n'en faisions pas autant
pour nos voitures. Adrien de TURCKHEIM était plein d'entrain. Il
n'hésitait pas à engager nos voitures dans les courses et
à les confier aux meilleurs coureurs. De plus, le fait que LORRAINE-DIETRICH
et TURCAT-MERY étaient deux maisons indépendantes nous favorisait
puisque chacun pouvait engager trois voitures. Dans la course Paris-Madrid
qui fut arrêtée à Bordeaux à cause des trop
nombreux accidents, TURCKHEIM avait engagé JARROTT sur une voiture,
LORRAINE-BARROW sur une autre et STEAD sur une troisième, tandis
que de notre côté nous avions engagé notre ami ROUGIER
qui arriva huitième. Dans le circuit des Ardennes aussi, nous avions
engagé nos quatre voitures qui arrivèrent première,
troisième, cinquième et septième. En toute occasion
nous nous faisions connaître en prenant part aux courses.
Le
début pour nous fut la coupe GORDON-BENNETT. C'était une
coupe challenge, et elle fut d'abord gagnée par MERCEDES. Les constructeurs
français se plaignirent de ce que les tenants de la France fussent
toujours désignés par l'A.C.F. et demandèrent que
la désignation fut faite à la suite de courses éliminatoires,
ce qui fut accordé. Et les gagnants de ces éliminatoires
furent THERY sur RICHARD-BRASIER, SALLERON sur MORS et ROUGIER sur TURCAT-MERY.
Et nous voilà, RICHARD-BRASIER et nous, inconnus de la veille et
désignés comme champions de la France et ramenant en France
la coupe GORDON-BENNETT dans le circuit du Taunus devant le Kaiser! Ensuite
ce fut la première course de côte du Mont-Ventoux, Paris-Vienne
et tant d'autres. Nous avons eu plus tard comme coureurs GABRIEL, et aussi
DURAY. Puis quand il n'y avait pas de courses, nos coureurs faisaient
des raids étonnants: ROUGIER partit de Paris avec SOREL dans une
voiture de tourisme, ils allèrent à Moscou plus vite que
les grands express. Il recommença l'année suivante Paris-Pétersbourg,
SOREL traversa l'Inde, puis l'Amérique du Sud. ROUGIER remporta
le rallye de Monte Carlo en 1911 (photo).
Naturellement, nous n'abandonnions pas Marseille où Louis MERY
recevait le général LYAUTEY, et où je reçus
la visite de lord IVEAGH plus connu sous le nom célèbre
de brasseur "GUINNESS". Nous recevions aussi Emile OLLIVIER,
le ministre de NAPOLEON III qui déclara la guerre à la Prusse
en 1870.
Sachant que j'étais trésorier du salon de Paris, les commerçants
de l'Auto de Marseille me demandèrent d'y organiser un Salon de
l'Auto en 1912. Il y avait eu en 1906 une exposition coloniale organisée
par le général LYAUTEY ou sous son patronage et qui avait
été un succès. Encouragée par cette réussite,
la Cie d'Electricité avait voulu faire une exposition d'électricité
en 1908 et ce fut un four, aussi me déconseillait-on de risquer
ma réputation dans l'organisation d'une exposition qui risquait
d'être comme celle de l'électricité. Mais avec l'expérience
que j'avais acquise à Paris, j'acceptai. En ce temps-là,
le ministre des Travaux Publics était Joseph THIERRY, un avocat
marseillais de talent. Je l'invitai à présider l'inauguration
de mon salon. Et le soir j'organisai un banquet au Bristol où il
était l'invité d'honneur et où j'avais réuni
toutes les autorités de la ville, à commencer par le président
de la Chambre de Commerce, le maire, le préfet Abraham SCHRAMECK
; ce fut un triomphe. Et pendant la durée du salon, la Cie des
Tramways fut obligée d'organiser des services spéciaux pour
desservir le salon.
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