Le 28 août 1898, Léon écrit à son père Henri pour lui rendre compte du bon fonctionnement du premier moteur.
Les quatre pages originales de la lettre sont disponibles en cliquant sur les miniatures.
Le texte est par ailleurs retranscrit ci-dessous.

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«Dimanche 28 août 1898
Mon cher Papa,
Victoire ! ça y est ! ça marche !
Et d’abord, commençons depuis vendredi. Comme je vous l’ai dit, on a porté le moteur à l’usine vendredi soir. Trop tard pour pouvoir travailler. Je suis allé avec Simon convoquer Martin chez Rebon. Samedi matin, à 8 heures, Martin n’était pas encore venu ; je vais le chercher. Après toutes sortes d’anicroches, il finit par venir... sans ses outils, bien que je lui ai expliqué ce qu’il y avait à faire, la dimension des trous, leur nombre. Enfin il vient, sa mèche casse. Bref, à midi, sur huit trous, un seul était percé. L’après-midi, heureusement, cela marche mieux, nous fixons le moteur ; l’ouvrier de Rebon met ses tuyaux de plomb, et nous commençons le montage ; malgré notre impatience, nous nous étions promis de ne pas faire d’installation bricolesque, tous les fils électriques avec les bouts soudés à des tiges ; les graisseurs biens installés aussi, ça n’a été terminé qu’à midi aujourd’hui .
Comme c’était dimanche, seul le tuyau qui mènera la fumée de l’échappement à l’extérieur n’était pas installé. Mais enfin, nous n’en étions pas à de la fumée près.
Après avoir essayé l’étincelle aux bougies, nous mettons le carburateur à peu près, et en avant ! Quelques timides explosions se produisent, je mets les deux accumulateurs. Plus rien ! Nous regardons les bougies. Pas d’étincelles. C’est notre nouvelle bobine qui commençait à enflammer les commutateur, tant les étincelles en sont chaudes.
Nous arrangeons le commutateur et au premier tour de manivelle, le moteur est parti. Mais veste ! l’ eau ne circulait pas. Le siphon que nous avions installé ne fonctionnait pas. Alphonse a fait un trou dans la bonde de la barrique, a fait pénétrer le tuyau de plomb dedans et en route. Cette fois-ci tout a marché, et vite alors.
Seulement, le collecteur est neuf. Nous lui mettions pas mal d’huile, ce qui fait que ce soir il y avait deux cylindres dont les bougies étaient sales. Mais cela n’est rien... Il y a aussi à fignoler le réglage du carburateur qui est parti comme il était, c’est-à-dire très à peu près.
A l’annonce de cette bonne nouvelle, on nous a fait une ovation quand nous sommes rentrés ce soir. Maman a sorti une bouteille de Champagne et Alphonse a envoyé chercher une bombe glacée.
Ce qu’il y a d’épatant, c’est l’absence de tout bruit. C’est magnifique. Ni à l’échappement, ni ailleurs, le moteur tourne sans le moindre choc, cliquetis, ni rien. Il fait bien moins de bruit que le moteur d’Alphonse qui cependant n’en fait guère. On entend seulement un ronflement bien compréhensible. »


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